• Le respect de l'étiquette

      Il sera question aujourd'hui d'une pratique répandue à tous les niveaux de la blogosphère et qui m'interroge toujours autant : l'étiquette fièrement apposée au vêtement fait-maison tout juste terminé. Je précise d'avance qu'il ne s'agit pas d'un article à but prosélyte ("faites tous comme moi, j'ai raison de toute façon"), mais plutôt à but dépaysant ("ces gens qui fuient l'étiquette, qui sont-ils, que veulent-ils ?").

    Pourquoi non ?

    - Si je couds, c'est parce que je veux m'émanciper d'une industrie qui cherche à orienter mes désirs et me faire entretenir un culte de telle ou telle marque. L'apposition d'une étiquette avec une marque, fût-elle la mienne, montrerait que je tiens encore à m'inscrire dans les codes de ce système-là.
    - Une étiquette tendrait à montrer la fierté d'avoir fait un vêtement aussi bien monté que ceux disponibles dans le commerce. Or dans la plupart des cas, la fabrication maison est discernable. J'arrive à la cheville d'une ouvrière roumaine du textile, pourquoi vouloir jouer à prétendre le contraire ?
    - Une étiquette, ça gratte. En mettre une, c'est de la gratitude volontaire.
    - L'étiquette serait un peu la signature de l'artiste. Genre t'as pondu un Degas alors qu'objectivement ça ressemble davantage à du Picasso. Je ne suis pas insensible au ridicule, donc je m'abstiens.
    - C’est souvent moche. Du coup c’est quand j’en vois une qui me plaît que je tique. La dernière fois c’était chez Jul
    - Ça fait customisation, un genre que je n’aime guère : "j’ai rajouté un truc, deviiine ce que c’est ?"
    - Cela donne l'impression que l'étiquette confère une légitimité à l'activité de coudre, comme si un vêtement sans étiquette avait moins de valeur à mes propres yeux et à ceux d'autrui qu'avec. Pour moi, binairement parlant, si trucmuche fait le nez devant le beau vêtement que tu as sué sang et eau à obtenir, soit c'est un con, soit c'est vraiment de la merde. C'est le test de vérité, pas besoin d'une étiquette pour fermer les yeux devant la cruauté du monde :) .
    - Cela donne aussi l'impression qu'on n'arrive pas suffisamment à s'approprier son vêtement tant qu'on n'y a pas cousu ce petit morceau d'étoffe. Pour ma part, je mets suffisamment de moi dans ce que je fais, et le vêtement est déjà tellement spécifique à mes yeux que je ne ressens pas le besoin de mettre une étiquette. Et puis une fois que c’est fait c’est fait, va petit vêtement, vis ta vie, j’ai déjà ton frangin qui m’occupe l’esprit, et puis je t’ai porté je sais que je suis ta mère ! (là on sent la névrosée qui n’aura jamais de gosse).

    Les cas qui me semblent justifiables

    - Quand mettre une étiquette fait partie du processus de personnalisation du vêtement et qu’on a envie de travailler à un beau design (le lien ci-dessus prouve que ça peut rester très simple)
    - Quand c’est un cadeau, ça remplace un peu la carte de vœu qui va avec : "Avec toutes mes amitiés, Machin-chouette."
    - Quand c’est pour une activité professionnelle et qu'on a besoin d'être identifiable
    - Quand elle porte des indications techniques : taille, entretien, matière.
    - Quand on a atteint un niveau tel qu’on ne peut pas voir que c’est du fait-maison.

      Et vous ? Ressentez-vous le besoin d’ajouter une étiquette à ce que vous cousez ou cela ne vous viendrait-il pas à l’esprit ? Quelle valeur cela ajoute-t-il à votre travail ? Qu’est-ce qui vous manquerait si vous ne le faisiez pas ? Et manquerait-il à votre sens quelque chose à ce monde si les pommes caramélisées n'existaient pas ?


  • Commentaires

    1
    Mercredi 21 Mai 2014 à 12:48
    Maritrez

    Non, pas d'étiquette, je n'aime pas les étiquettes, ni celles des autres ni les miennes. Pourtant je suis pour le droit d'auteur, mais la version ancienne, celle de Beaumarchais qui s'est établie sur le fait que le droit d'auteur naît de l'acte de création lui-même, c'est ça qui fait naître le droit, le moment où l'auteur fait la chose.

    C'est ça que j'aime, faire, pas ranger dans des cases.

    2
    Althea
    Mercredi 21 Mai 2014 à 12:57
    Althea

    Je n'aime pas non plus les étiquettes, c'est rarement doux, mais en plus ça a tendance à rebiquer de manière peu élégante.  Bref, ça me tente pas d'en rajouter. En plus, ça signifie en commander et je préfère passer ce temps à faire quelque chose de plus amusant. 


    Par contre, quand j'offre quelque chose, je le signe souvent d'une salamandre. C'est ma manière d'apporter la touche finale ( finale impliquant TERMINE, où est le suivant ?) et j'aime coordonner la manière dont je signe au projet : broderie, peinture, petit appliqué,… Ça me manque surtout de ne pas le faire quand j'offre un projet pensé pour quelqu'un, probablement le coté carte de voeux que tu cites.


    Je ne mange que rarement de pommes caramélisées. Ma réalité n'en serait pas bouleversée. 


     

    3
    Mercredi 21 Mai 2014 à 19:31
    Sabine
    Il y a bien certains cas où j'ai regretté de ne pas avoir mis d'étiquette. En effet les étiquettes présentent l'énorme avantage de permettre la distinction entre l'avant et l'arrière, rapidement, et ce même dans le noir et/ou les yeux fermés.
    4
    1595vanessa
    Jeudi 22 Mai 2014 à 19:03

    Sabine a raison, j'ai une robe ou je n'ai pas mis mon étiquette, et j'ai tjs le doute d'avoir mis le dos devant.

    Bref, je suis pour les étiquettes, pour aucune des raisons que tu as citées, mais plus pour la postérité. Je me dis qu'un jour quand je serai morte, mes créas finiront peut etre au Secours Populaire, et là, quelqu'un cherchera peut-être à savoir qui a cousu ca.

    C'est débile lol mais en fait, je ne m'étais jamais posée toutes ces questions!

    Mais maintenant que je me la pose, sans parler de se mettre dans des cases, si je vais sur un marché Vintage et que je tombe sur une veste St Laurent, je serais bien contente de le voir sur l'étiquette, c'est pas mon oeil qui me le fera deviner.

    Bref, moi ca me plait de mettre mon étiquette, pour offrir surtout, mais parce que ca me plait tout bêtement, c'est pas quelque chose que j'ai envie de soumettre aux lois commericales ou aux droits d'auteur, c'est juste que ca m'éclate d'aller dans le détail, sans prétention ni egocentrisme. Et oui, ca me manque quand j'oublie.

    5
    Vendredi 23 Mai 2014 à 10:12

    @ Maritrez : Je ne connaissais pas cette définition du droit d'auteur, merci pour l'instruction !
    @ Althea : Je crois que c'est aussi ce que je préfèrerais faire si je décidais de marquer mes habits, un peu comme le discret poinçon des orfèvres.
    @ Sabine : C'est vrai ça, je n'y avais pas pensé. Peut-être parce que je ne me suis pas encore fait de pyjama :)
    @ 1595vanessa : Ne rajoute pas d'étiquette sur cette robe, ptêt qu'un jour tu te retrouveras chez Garance Doré parce que tu as mis ta robe à l'envers :P

     

    6
    marilouqui
    Dimanche 1er Juin 2014 à 23:49

    bonjour

    pour moi il n'est pas pensable de mettre une étiquette sur un vêtement cousu a partir d'un patron (qui lui a réellement un droit d'auteur pour le coup!). peut être si j'arrivais à créer un vêtement de A à Z, sans avoir à utiliser un patron même dévié, je reconsidérerais la question. yves saint laurent est bien un créateur et non le couturier qui a monté le vêtement....

    7
    Mercredi 4 Juin 2014 à 00:30

    Je n'avais pas vraiment pensé à cette légitimité là non plus. Peut-être parce que je considère que quelqu'un qui coud un vêtement crée quand même quelque chose, même en partant d'un patron existant. Du coup, avec un peu de mauvaise foi : de quel droit Yves Saint Laurent, tout émoulu de l'école de la chambre syndicale qu'il ait été, signait-il les vêtements de son seul nom ? Ça pourrait être rigolo, des étiquettes longues comme des génériques de film... 

    8
    Lune belue
    Vendredi 6 Juin 2014 à 21:17

    Ah non alors !!!

    Quand j'achète quelque chose dans le commerce, pour qui que ce soit (à part peut être mon mari, et encore), je commence par virer les étiquettes, toutes les étiquettes... alors je ne vais certainement pas en remettre dans ce que je couds, quoi que ce soit et pour qui que ce soit, cadeaux compris !

    (ça gratte, ça rebique, ça ne sert à rien, c'est effacé le jour où on en a besoin, ça déforme les coutures et ça m'énerve pour tout un tas de raisons bonnes et mauvaises, alors par snobisme et esprit de contradiction : pas d'étiquettes, mais des pommes caramélisées ça oui, sans soucis ;-)

    9
    Cilou6
    Dimanche 8 Juin 2014 à 13:26
    Cilou6
    Les étiquettes ça gratte, mais c'est quand même pratique pour distinguer le devant du dos... du coup sur un pyjama j'insère un petit morceau de jersey dans la couture de l'élastique au dos (comme ça, pas de soucis de grattage). Mais en général, j'ai du mal à le centrer...alors si c'est pour tout gâcher au dernier moment, ce serait dommage!
    Et puis je suis d'accord, il ne me viendrait pas l'idée de marquer la chemise faite avec ton patron de ma marque, par contre, peut être une marque "conçu par" avec ton nom:)
    Cilou
    10
    Lundi 9 Juin 2014 à 10:37
    Théa

    Raaa, j'adore, je n'ai jamais passé le cap des étiquettes. Et c'est un peu pour toutes ces raisons là plus haut. 
    Mais effectivement parce que ça coûte un peu des sous, qu'elles sont souvent moches, et puis bon, je ne vois juste pas l'intérêt.
    D'ailleurs, pour le coup, même en vendant je ne le fais pas.... Faudrait peut-être que je m'y penche, mais je n'en suis même pas tant persuadée !

    11
    Witchia
    Lundi 16 Juin 2014 à 21:59
    Witchia

    Moi j'adore les étiquettes et je dois dire que j'ai du mal à comprendre tes critiques qui ne me touchent pas du tout. Je n'ai pas encore fait les miennes mais c'est en projet et sera surement fait ce mois-ci. Pourquoi ? Déjà car je trouve que n'importe quelle création doit être signée, et même si c'est une 'copie' à partir d'un patron, il y a toujours quelquechose de personnel, sinon pourquoi le faire soi-même, autant l'acheter !
    Même quand j'étais au collège, je signais mes dessins. C'est la touche finale qui me parait normale, inutile d'être Picasso pour ça.
    Et puis je couds pas mal pour mon grand donc je préfère mettre la taille pour savoir quand mon petit pourra le porter à son tour ;)
    Sans compter que quand je donne un vêtement (ou autre) ou s'il part en réderie ou au Resto du coeur, je me dis que ça pourrait plaire à la personne de pouvoir retrouver la personne qui l'a fait, ça laisse une 'mémoire'. 

    Imagine un instant que vingt ans plus tard une femme te contacte car elle a eu la curiosité de regarder sur internet le nom que tu as mis sur ton étiquette et que tu reçois une photo de son petit loulou qui porte la veste que tu as faite à l'époque avec amour pour ton grand qui a maintenant 25 ans, et bien je me dis que ça aurait valu le coup de mettre cette petite étiquette :) (et oui, on a le droit d'apporter un peu de rêverie en ce monde)

    12
    Mercredi 18 Juin 2014 à 09:58

    Justement, j’explique que je trouve ce que je fais suffisamment personnel pour ne pas ressentir le besoin de rajouter une étiquette. Et même s’il y a création, la dimension utilitaire l’emporte sur l’artistique : peu importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse pour la personne qui le porte !

    Après il y a la question de la traçabilité pour les autres. Pour les détails techniques comme la taille, on est d’accord, c’est utile. Mais si je ne signe pas, est-ce que je me rends coupable de priver l’hypothétique futur possesseur d’une information qui viendrait embellir son quotidien, et le mien en retour ? Ma préférence est personnelle, mais si rêve il doit y avoir, je préfère que cette plus-value soit provoquée par le vêtement lui-même plutôt que par le nom dessus. Le nom c’est secondaire ; c’est un plus, mais à mon sens on doit pouvoir s’en passer. Il m’est déjà arrivé de vendre des vêtements que j’avais fait à des inconnus qui ignoraient que c’était du fait-maison ; voir que l’intérêt de ces personnes avait été piqué était une gratification suffisante, et j’aurais eu l’impression de faire une remarque inopportune ou de fausser le jeu en ajoutant « c’est moi qui l’ai fait ». Symboliquement, le lien existe autant dans le soin que j’ai mis à la couture et dans l’usage futur que j’imagine que dans le fait d’être traçable par mon nom.

    13
    jul
    Mardi 3 Février 2015 à 14:13
    jul

    Tiens c'est drôle, je tombe sur ton article bien en retard, grâce au lien vers le mien !


    Je n'aime pas du tout quand les étiquettes visent à montrer fièrement au reste du monde qu'on porte un vêtement fait main, ni quand elles comportent des mentions à l'eau de rose, du genre "cousu avec amour" etc. En revanche, j'en mets quand même dans les vêtements que je couds ou que je tricote, le plus discrètement possible, à l'intérieur. C'est une sorte de point final, projet terminé, on passe au suivant ! D'ailleurs, certains projets qui ne me plaisaient pas n'ont jamais reçu leur étiquette, et sont en attente de seconde vie.


    Mettre son étiquette, c'est un peu comme quand on s'applique sur la doublure : personne ne la verra, mais nous, on la voit en enfilant le vêtement, on en est même peut-être fier et c'est plutôt agréable ! J'y vois aussi une utilité quand on offre le vêtement, pour remplacer la carte de voeux comme tu dis.


    Plus pratiquement, c'est également utile pour distinguer le dos du devant - pas seulement pour les pyjamas ! Tee-shirts à encolure ronde, robes ou pulls larges... Certains matins, ça fait gagner du temps. Ah ! et les étiquettes sont également bien pratiques pour indiquer la taille du vêtement (plutôt dans le cas des coutures pour enfants, car pour adultes, elles sont souvent adaptées sur mesure, donc n'ont pas de taille normée) et sa composition, avec des indications de lavage. Mais je n'ai pas encore trouvé de moyen pratique pour personnaliser ces indications, sans passer trois heures à la confection de ladite étiquette, ni commander 100 exemplaires de chaque température de lavage...


    Quant aux pommes caramélisées, elles sont bien évidemment indispensable à la bonne marche du monde, surtout si elles sont agrémentées de chocolat et pâte à crumble !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :